Dans cet article, nous allons parler plus en détail du fonctionnement de l’ICO d’EOS, qui est assez unique dans l’écosystème blockchain à ce jour.

Si vous n’êtes pas encore familier avec EOS, nous vous invitons à lire dans un premier temps notre article d’introduction: https://eosactu.com/eos/eos-le-systeme-dexploitation-sur-la-blockchain/

Qu’est ce qu’une ICO?

Une ICO (Initial Coin Offering) est une première émission et une distribution de tokens en vue d’une utilité (transactions, votes, utilisation de la bande passante, etc.) sur un réseau et/ou en vue d’une levée de fonds pour financer un projet sur une blockchain. Le token est émis et distribué en échange de Bitcoin ou d’Ether la plupart du temps, mais également en échange de monnaies fiduciaires dans les ICOs les plus récentes telles que Sandblock.

À ce jour, la plupart des ICOs reposent presque uniquement sur un projet, une équipe, un whitepaper et une description des mécanismes de distribution des tokens. Toutefois, ce type d’opération est en train de largement se démocratiser et des organisations déjà bien établies commencent à effectuer leur propre ICO. Telegram est actuellement l’exemple le plus marquant avec une première levée de 850 millions de $ et la rumeur d’une deuxième levée d’un montant équivalent.

Comment fonctionnent les ICO classiques?

L’approche d’une ICO classique consiste à vendre un montant fixe de tokens, à un prix fixe durant une période fixe. Par exemple, une vente de 2 millions de tokens à 0.01$ l’unité pendant une période de 10 jours maximum. Si et seulement si tous les tokens sont vendus avant la fin de la période fixée, l’ICO est considérée comme un succès, le contrat (smart contract) s’exécute et les tokens sont distribués aux participants. Dans le cas contraire, l’ICO est annulée et les participants récupèrent leurs fonds.

Bien que ce type d’ICO fonctionne et a permis à de nombreux projets de lever des sommes records, il fait aussi l’objet de nombreuses critiques:

  • Décote du prix du token

Afin de s’assurer que l’ICO soit un succès, les tokens sont vendus à un prix inférieur au prix estimé du marché. Le rabais pouvant aller de 10 à 50% dans certains cas. Cette décote engendre une situation économique dans laquelle la demande excède largement l’offre, sans pour autant pousser le prix vers le haut, et confère un profit presque instantané (à la fin de l’ICO) aux participants. La décote attire ainsi beaucoup de spéculateurs, peu intéressés par le projet à long terme, qui achètent pendant l’ICO et revendent directement peu de temps après l’ajout du token sur une plateforme d’échange, avec un gain au moins équivalent à la décote. Conséquence? Ces tokens suivent souvent un schéma de ‘pump and dump’ peu de temps après l’ICO, ce qui peut décrédibiliser le projet.

  • Priorité aux plus fortunés

Autre effet de bord lié au point précédent, lorsqu’une ICO est lancée sans limite de fixation du prix du gas (gasprice), les plus gros investisseurs n’hésitent pas à monter les prix de façon exorbitante pour s’assurer que leurs transactions soient traitées, par les noeuds du réseau, avant celles de tous les autres participants. Ils achètent alors la totalité des tokens mise en vente ce qui a pour conséquence de clôturer l’ICO en un temps record. La plupart des acheteurs et notamment les membres de la communauté sont laissés sur le carreau. L’exemple le plus caricatural est probablement Basic Attention Token (BAT) qui a levé 35 millions de $ en 24 secondes auprès d’un petit groupe de gros investisseurs et avant même que la plupart des membres de la communauté BAT ne puisse participer.

  • Distribution étroite

Le problème précédent a pu être résolu en fixant un prix du gas maximum. Toutefois une ICO qui repose uniquement sur un modèle de vente de tokens sur une période très limitée (allant de plusieurs jours à plusieurs semaines) ne permet réellement qu’aux investisseurs les mieux informés et les plus réactifs (souvent professionnels) de participer.

Pour les raisons précitées, la grande majorité des ICOs restent difficilement accessibles pour l’acheteur moyen, et notamment pour les futurs développeurs et utilisateurs du réseau. Les limites d’une ICO classique n’ont pas échappé à l’équipe de block.one qui propose une autre approche.

Comment fonctionne l’ICO d’EOS?

L’ICO d’EOS fonctionne différemment et tente de corriger les inconvénients de l’approche classique. Comme block.one l’indiquait dans son premier article lié à son ICO:

Lors de la conception du système de distribution d’EOS, l’objectif principal était d’assurer une répartition aussi juste et large que possible

Pour y parvenir block.one s’est focalisé sur 3 objectifs:

  • L’égalite des chances

Une prévente à hauteur de 200 millions de tokens a été effectué au cours d’une distribution initiale de 5 jours, du 26 juin au 1er juillet 2017. Cette prévente ressemble en apparence à une ICO classique, à la différence majeure qu’il n’y a aucune somme minimum requise pour participer et qu’aucun plafonnement des fonds levés ni aucun prix du token n’a été fixé. Ce type de prévente implique que, quelque soit la somme levée pendant la période de prévente, les tokens émis seront distribués proportionnellement aux fonds levés. Dans le cas d’EOS et suite à cette prévente de 5 jours, un total de 651902,18 ETH ont été levé (soit environ 172 million de $ à l’époque) et les 200 millions de tokens EOS ont été distribués proportionnellement à chacun selon sa participation. Pour faire simple, si vous aviez participé à la prévente à hauteur de 10 ETH, vous auriez donc reçu 3 067,9 tokens EOS.

Bien que la somme levée lors de cette prévente soit considérable, cette première distribution ne représente que 20% de la totalité des tokens émis pendant l’ICO. La totalité s’élève à 1 milliard:

  • 200 millions de tokens ont été distribués au cours de la pré-vente
  • 100 millions de tokens sont réservés à block.one, notamment pour financer son développement
  • 700 millions de tokens sont en cours de distribution depuis le 1er juillet 2017 et pendant 350 jours

Le modèle de vente des 700 millions de tokens est sensiblement identique à celui de la prévente, dans le sens où aucun montant minimum n’est requis pour participer, et aucun prix ni montant fixe n’est défini. La différence réside dans la durée des périodes et le nombre de token distribués. La vente se déroule en 350 périodes consécutives de 23h. Au cours de chacune de ces périodes, 2 millions de tokens EOS sont distribués.

La fenêtre ci-dessus, disponible sur la page d’accueil du site EOS peut être lue de la façon suivante:

  1. Cette période de 23h est la 240e sur 350
  2. À ce jour, 778 millions de tokens EOS ont été emis sur 1 milliard
  3. La distribution de cette période est d’un montant fixe de 2 millions de tokens
  4. La contribution actuelle pour cette période s’élève à 796 ETH
  5. Il reste 18 heures, 9 minutes et 23 secondes avant que la période en cours soit clôturée et que la distribution de tokens soit effectuée proportionnellement à la participation de chacun

Il est à noter que depuis la fin de la pré-vente, les tokens EOS peuvent aussi être échangés sur les plateformes telles que Kraken. Ce qui veut dire que les acheteurs ont le choix entre participer à l’ICO ou utiliser une plateforme d’échanges pour acheter des tokens EOS. Grâce à cette combinaison, il est possible de converger vers un prix raisonnable des tokens distribués pendant l’ICO, en fonction de la valeur de marché sur les plateformes d’échange. Si la totalité des fonds contribués sur la période de distribution en cours donnent un prix inférieur au prix du marché, les acheteurs sont incités à contribuer à l’ICO. Dans le cas contraire, les acheteurs sont incités à se tourner vers le marché.

Ce mécanisme a pour effet de corriger l’aspect inégalitaire des ICO classiques dans lesquels les tokens sont vendus en dessous de leur valeur de marché à une minorité d’investisseurs fortunés.

  • Une diffusion étendue

Les mécanismes précédemment décrits ne sont pas purement philanthropes. Ils s’inscrivent dans une démarche pragmatique pour construire une communauté la plus large et diverse possible autour de la plateforme EOS. La distribution de tokens est une excellente occasion de construire et de souder une communauté. Lorsque les développeurs et utilisateurs d’un réseau détiennent des tokens sur celui-ci, leur engagement envers la plateforme et la communauté n’en est que renforcé. En d’autres termes, les intérêts collectifs et individuels convergent!

La distribution de la majorité des tokens est donc conçue de façon à ce qu’un maximum de personne puisse y participer. En l’étalant sur une année complète, les personnes intéressées et la communauté EOS ont eu et ont toujours amplement le temps de se renseigner, de se documenter et de participer à la vente initiale de tokens.

À l’issue de l’ICO et au lancement du mainnet EOS en juillet 2018, la diffusion de l’ICO aura permis d’atteindre et d’engager une communauté bien plus grande que celle de n’importe quel autre projet sur une blockchain à ses débuts.

  • Une valeur juste et auditable

L’équipe de block.one voulait que la justesse de l’ICO d’EOS soit auditable. C’est à dire que chaque participant puisse vérifier sa contribution ainsi que celle des autres, et s’assurer d’avoir bien reçu le nombre exact de token EOS qui leur étaient destinés.

Étant donné que la plateforme EOS se présente clairement comme un concurrent d’Ethereum, le fait que son ICO se déroule sur la blockchain d’Ethereum peut sembler assez étonnant. Ou peut-être est-ce une autre preuve de pragmatisme de la part de l’équipe de block.one. Au début de la distribution d’EOS et encore à ce jour, Ethereum reste la meilleure solution pour mener à bien un contrat décentralisé sur une blockchain en toute transparence.

Au delà de l’aspect juste et auditable de ses contrats, Ethereum détient encore le réseau le plus vaste, loin devant Waves et Bitshares. Il est donc pour le moment plus simple d’intégrer un maximum de participants via ce réseau.

Quelle utilité ont les tokens EOS?

La possession de tokens EOS confère à ses propriétaires un certain nombre d’avantages parmis lesquels:

  • Un pouvoir de vote

Les tokens EOS confèrent un pouvoir de vote et notamment sur la sélection des producteurs de blocs qui assurent la sécurité du réseau. Une meilleure répartition des tokens auprès d’un maximum d’individus permet par ailleurs d’éviter une trop forte concentration de pouvoir

  • Un droit d’accès aux ressources

Les tokens EOS ouvrent un accès aux ressoures du réseau EOS tel que la bande passante, le stockage, la RAM, etc. Les propriétaires pourront notamment prêter ou louer leurs tokens s’ils n’en ont pas besoin dans l’immédiat. Les producteurs de blocs reconnaitront cette délégation de capacité au sein du réseau et transfèreront le droit en conséquence

  • Un droit de propriété sur d’autres tokens

Les tokens EOS donnent un droit de propriété sur les tokens de certaines dApps basées sur EOS (airdrop). Ce qui est le cas par exemple avec IQ, le token d’Everipedia (Wikipédia décentralisé). Ce token sera distribué aux propriétaires de tokens EOS proportionnellement à leur part sur le réseau. Détenir des EOS sera d’ailleurs le seul moyen d’obtenir des tokens IQ lors de la distribution. C’est une façon de récompenser les détenteurs de tokens EOS. D’autres airdrop pourraient être en préparation. Nous vous tiendrons informés lorsqu’ils seront communiqués par block.one.

Comment fonctionne l’ICO d’EOS?